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AI Voice AudioBook: Le salon de Madame Truphot: moeurs littéraires by Fernand Kolney

Livre audio : Le salon de Madame Truphot: moeurs littéraires par Fernand Kolney

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LE SALON DE MADAME TRUPHOT

MŒURS LITTÉRAIRES

...Il était de ceux qui blasphèment Dieu et leurs parents, la race humaine, le lieu, le temps où ils naquirent et la semence dont ils sont issus.....

DANTE.

Il ne faut pas croire que Madame Truphot soit, en raccourci bourgeois, le type désormais historique de la princesse Mathilde.

Médéric Boutorgne sortait du café Napolitain où il aimait à fréquenter. De cinq à sept, c’était le confluent de toutes les salles de rédaction et l’endroit de la planète où l’on se giflait le plus. Même un gérant inspiré avait eu, un moment, l’idée d’y installer un appareil ambulatoire destiné à distribuer les calottes. Ainsi toute fatigue superflue aurait été évitée à MM. les gens de lettres, journalistes, marchands d’hexamètres et prosifères de tout ordre, déjà exténués par le colossal labeur qui consiste à enfanter, chaque jour, la pensée de tout un peuple, à être quelque chose comme l’encéphale d’une race réputée pour le brio de son génie. Médéric Boutorgne hantait le lieu avec acharnement. Malgré l’hostilité des courants d’air qui avaient fini par tuer le patron du lieu, lui-même, et l’élévation à 75 centimes du prix des absinthes, il persistait, chaque fin d’après-midi, à passer avec des mines respectueuses et attendries, la carafe frappée, le Temps du soir ou le pyrophore aux maîtres incontestés, aux maharajahs du Lieu commun qui régnaient dans les gazettes. Et il aimait à ce point la littérature, qu’à deux ou trois reprises, il n’avait point hésité à se précipiter pour payer le fiacre quand l’augure fébrile de quelques-uns de ses confrères, qu’il estimait, paraissait avoir besoin d’un de ces réconforts de la ville ou de ces satisfactions de la campagne que les mœurs de l’époque permettaient à tous les portefeuilles. Il y avait des jours où il aurait voulu se jeter sous les roues d’un fiacre, pourvu qu’il n’eût pas trop à payer, simplement parce qu’il y avait là, la veille, une heure ou deux, un peu de tout et des gens de tout genre, et qu’il avait senti son esprit se grossir du reste de ce monde, et que ce monde, que sa propre fantaisie lui avait fait surabondant, allait, par la suite, s’épuiser de nouveau dans le creux de sa mémoire. Les pauvres ! il leur serait toujours arrivé quelque chose ; et lui, il leur en voudrait éternellement.

Bien des fois il avait vu les grands hommes, les célèbres journalistes qui, de leur plume au poing, avaient un peu trop souvent mis le trouble dans son propre cœur ; et puis il avait le malheur d’être le rédacteur en chef d’un de ces journaux à grand tirage, qu’on trouve dans toutes les librairies, et qui se vendent à des millions d’exemplaires : et qui, grâce à la faveur du public, sont à la fois la risée et l’admiration de toute la bonne compagnie. Le malheur était qu’il était tombé dans le journalisme à cause d’un excès de confiance, quand il était jeune, et qu’il n’avait pu se résoudre à le quitter. C’est une de ces grandes maladies de l’esprit, qui, du reste, ne sont pas sans leurs douceurs, qui s’emparent de nous, et qui nous ravissent notre santé et notre repos, mais qui, du moins, nous garantissent un renom qui nous survit, et nous font un grand nom dans le monde.

Il avait bien une fois fait une tentative pour sortir de là. Mais il était tombé dans une autre affaire, qui n’était pas la sienne, et qu’il avait été forcé d’abandonner au bout de peu de temps. C’était pour faire plaisir à un ami qu’il avait accepté de diriger un petit journal, auquel il n’avait jamais mis aucun goût, et qu’il avait été bien aise de quitter le plus tôt possible. On le rencontra plus tard, dans la meilleure société, dans les salons où il venait, une fois le mois, faire la visite à sa tante. Il y arrivait par sa mère, qui était la sœur de la princesse de Craon. Sa tante le recevait avec une affection très grande ; mais elle n’avait pas assez de sa personne pour la faire valoir, et elle n’avait pas autant d’amis que les gens de sa sorte. Madame de Craon était un peu la muse de tous les poètes à la mode, et elle était le désespoir de tous les poètes à l’ancienne. Sa maison était le temple de tous les arts, et son salon le theatre de toutes les critiques. Les plus grands poètes français y faisaient leur apparition. C’est là que Médéric Boutorgne, le directeur, comme on l’appelait, venait se faire connaître, et se faire, quand on le pouvait, recevoir comme il convient. Il y était venu pour la première fois dans les derniers jours de l’été, et il y avait rencontré une femme qui était, dit-on, la femme de sa vie. Elle avait les yeux pleins de promesses, et la bouche pleine de sanglots. On la nommait Madame Truphot. Médéric Boutorgne ne douta pas un seul instant qu’il ne l’eût jamais rencontrée. Il la sentit en lui dès le premier regard, et il l’aima aussitôt. Les poètes dont on parlait, ne furent pas les seuls à être conquis par la grâce de Madame Truphot. Médéric la voyait, la nuit, dans ses rêves, et il en était fou. Il y a des choses qui sont faites pour être aimées, et d’autres qui sont faites pour être oubliées. Madame Truphot était de celles qui ne peuvent être oubliées.

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