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AI Voice AudioBook: La Comédie humaine - Volume 11. Scènes de la vie parisienne - Tome 03 by Honoré de Balzac

AudioBook: La Comédie humaine - Volume 11. Scènes de la vie parisienne - Tome 03 by Honoré de Balzac

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LA MAISON NUCINGEN.

A MADAME ZULMA CARAUD.

N’est-ce pas à vous, madame, dont la haute et probe intelligence est comme un trésor pour vos amis, à vous qui êtes à la fois pour moi tout un public et la plus indulgente des sœurs, que je dois dédier cette œuvre? daignez l’accepter comme témoignage d’une amitié dont je suis fier. Vous et quelques âmes, belles comme la vôtre, comprendront ma pensée en lisant la Maison Nucingen accolée à César Birotteau. Dans ce contraste n’y a-t-il pas tout un enseignement social?

DE BALZAC.

Vous savez combien sont minces les cloisons qui séparent les cabinets particuliers dans les plus élégants cabarets de Paris. Chez Véry, par exemple, le plus grand salon est coupé en deux par une cloison qui s’ôte et se remet à volonté. La scène n’était pas là, mais dans un bon endroit qu’il ne me convient pas de nommer. Nous étions deux, je dirai donc, comme le Prud’homme de Henri Monnier: «Je ne voudrais pas la compromettre.» Nous caressions les friandises d’un dîner exquis à plusieurs titres, dans un petit salon où nous parlions à voix basse, après avoir reconnu le peu d’épaisseur de la cloison. Nous avions atteint au moment du rôti sans avoir eu de voisins dans la pièce contiguë à la nôtre, où nous n’entendions que les pétillements du feu. Huit heures sonnèrent, il se fit un grand bruit de pieds, il y eut des paroles échangées, les garçons apportèrent des bougies. Il nous fut démontré que le salon voisin était occupé. En reconnaissant les voix, je sus à quels personnages nous avions affaire. C’était quatre des plus hardis cormorans éclos dans l’écume qui couronne les flots incessamment renouvelés de la génération présente; aimables garçons dont l’existence est problématique, à qui l’on ne connaît ni rentes ni domaines, et qui vivent bien. Ces spirituels condottieri de l’Industrie moderne, devenue la plus cruelle des guerres, laissent les inquiétudes à leurs créanciers, gardent les plaisirs pour eux, et n’ont de souci que de leur costume. D’ailleurs braves à fumer, comme Jean Bart, leur cigare sur une tonne de poudre, peut-être pour ne pas faillir à leur rôle; plus moqueurs que les petits journaux, moqueurs à se moquer d’eux-mêmes; perspicaces et incrédules, fureteurs d’affaires, avides et prodigues, envieux d’autrui, mais contents d’eux-mêmes; profonds politiques par saillies, analysant tout, devinant tout, ils n’avaient pas encore pu se faire jour dans le monde où ils voudraient se produire. Un seul des quatre est parvenu, mais seulement au pied de l’échelle. Ce n’est rien que d’avoir de l’argent, et un parvenu ne sait tout ce qui lui manque alors qu’après six mois de flatteries. Peu parleur, froid, gourmé, sans esprit, ce parvenu nommé Andoche Finot, a eu le cœur de se mettre à plat ventre devant ceux qui pouvaient le servir, et la finesse d’être insolent avec ceux dont il n’avait plus besoin. Semblable à l’un des grotesques du ballet de Gustave, il est marquis par derrière et vilain par devant. Ce prélat industriel entretient un caudataire, Émile Blondet, rédacteur de journaux, homme de beaucoup d’esprit, mais décousu, brillant, capable, paresseux, se sachant exploité, se laissant faire, perfide, comme il est bon, par caprices; un de ces hommes que l’on aime et que l’on n’estime pas. Fin comme une soubrette de comédie, incapable de refuser sa plume à qui la lui demande, et son cœur à qui le lui emprunte, Émile est le plus séduisant de ces hommes-filles de qui le plaisir de plaire est l’unique religion. Un troisième, le marquis des Saint-Frémont, est un aristocrate qui s’est ruiné par l’amour des chevaux et des femmes. Il est riche de titres et pauvre d’argent, plein d’un orgueil de chevalier d’un autre temps, et qui se console de l’avarice de ses créanciers en dédaignant la bourgeoisie. Il veut vivre de son élégance, et en cela il est le plus honnête des quatre. Le quatrième, enfin, est un jeune homme, l’air d’un sot, mais en réalité très intelligent, qui se croit l’égal des premiers hommes de France, et qui dédaigne les affaires, parce que son père en a fait une fortune. C’est le plus dangereux, car il juge avec la légèreté de la jeunesse et le cynisme de l’expérience.

La conversation du salon voisin commença par des exclamations d’enthousiasme. C’était la première fois que ces jeunes gens, tous amis, d’une amitié toute moderne, faite d’intérêts, de vanité et d’ennui, se réunissaient ainsi pour célébrer un succès. L’objet de leur banquet était la nomination de M. Nucingen, le célèbre banquier, au Conseil d’État, en remplacement du baron de la Villèle.

— Mon cher Finot, dit une voix qui, malgré le déguisement, je reconnus comme celle de Blondet, vous êtes décidément notre homme. La chute de La Villèle, c’est votre coup, n’est-ce pas?

— Silence! répondit Finot, d’une voix qui n’était plus la sienne, une voix de maître. Nucingen est l’homme de l’avenir, et nous sommes les fils de Nucingen!

— Ah! mon cher, tu me rappelles que tu es le seul qui ne soit pas un cadet de Gascogne parmi nous! répliqua le marquis des Saint-Frémont. Je ne me plaindrai pas, je t’envie.

— Moi, je ne suis pas jaloux, dit le quatrième, dont je n’ai jamais su le nom. J’ai toujours eu horreur des affaires. L’argent est un poison qui tue toute élévation.

— Assez de morale, marquis, coupa Blondet. Allons au fait. On dit que Nucingen a dépensé cent mille francs pour avoir cette place.

— Et tu crois qu’il en a dépensé un sou de trop? s’écria Finot, avec une arrogance soudaine. Cent mille francs! C’est une broutille pour lui. Il lui a fallu plus pour acheter le silence de certains vieux marquis, qui, ayant des titres et point de dot, sont de merveilleux piliers pour une fortune nouvelle.

— Mais, mon cher, c’est un homme qui a commencé par vendre des chiffons dans les rues de Colmar! intervint le marquis.

— Et qui, à force de travail et de génie, est parvenu à être un des hommes les plus riches de Paris! riposta Finot avec une sorte de rage. Qu’importe d’où il vient? C’est ce qu’il est aujourd’hui qui compte. D’ailleurs, ce n’est pas cela qui est beau dans l’histoire de Nucingen, c’est sa femme.

— Ah! Madame Nucingen! s’écria Blondet, avec un enthousiasme sincère. Elle est de la plus haute noblesse, elle est d’une beauté qui vous glace le sang, et elle est plus grande dame que la reine.

— Et elle aime son mari, ajouta le quatrième, d’un ton étrange.

— Elle l’adore! confirma Blondet. Elle est dans son salon comme une statue de marbre dans une chapelle. Elle ne sort qu’en calèche, jamais en voiture. Elle reçoit toutes les ambassades. Elle est la femme d’un homme qui a su se faire une réputation dans le monde.

— La femme d’un homme qui, il y a vingt ans, était encore inconnu! observa le marquis.

— Et qui est aujourd’hui plus connu que le roi! dit Finot. J’ai dîné chez lui, et j’ai vu ce qu’il faut voir pour comprendre la puissance de cet homme. Vous ne savez rien tant qu’il ne vous fait pas entrer dans son intimité. Ses meubles valent la dot d’une fille de province, et ses vins feraient pâlir d’envie un cardinal.

— Mais sa femme, cependant, est moins fière que ses cuisiniers! intervint Blondet. Elle est d’une humilité qui désarme.

— Il faut qu’elle le soit, répondit Finot, avec un accent de conviction profonde. Car, si elle ne l’était pas, elle ne pourrait supporter un homme comme lui. Elle est sa plus belle conquête.

— Et c’est là, reprit le marquis, que votre idée commence à m’intéresser, Finot. Si Nucingen est un homme qui sait s’entourer, il sait aussi s’entourer de mystères.

— Il n’y en a qu’un, dit Blondet, qui est dans toutes les gazettes, c’est la question de la dot de sa femme.

— Quelque chose de bien plus piquant! s’écria Finot. Je veux parler des secrets de Madame Nucingen. J’ai un ami qui travaille dans la cour des comptes, et qui m’a dit qu’un jour il avait vu entrer chez Nucingen un petit homme très mal habillé, portant une lettre cachetée d’un sceau royal.

— Un homme du roi? dit le marquis, qui s’intéressait aux choses de cour.

— Oui, un homme du roi, mais non pas un homme de la Cour. C’était un homme qui venait réclamer à Nucingen un prêt qu’il lui avait fait.

— Qui? demanda Blondet, dont la curiosité était à son comble.

— Le duc de Chaulieu.

Un silence se fit dans le salon voisin. Mon compagnon et moi nous regardions, ébahis. Le duc de Chaulieu! un des plus grands seigneurs de France!

— Et que disait la lettre? demanda le marquis.

— Elle disait, reprit Finot, que le duc était perdu s’il ne remboursait pas le banquier dans la semaine. C’est un drôle de monde que celui-là, on ne sait jamais à qui l’on a affaire.

— C’est vrai, dit Blondet, il y a de ces liaisons étranges. Mais ce n’est rien en comparaison de ce que je peux vous apprendre sur la femme de Nucingen.

— La princesse de Cadignan?

— Non, non! Madame Nucingen. Elle a un amant.

Mon compagnon, que j’appelais l’Archiviste par plaisanterie, se pencha vers moi:

— Si c’est vrai, dit-il, nous allons avoir une jolie scène.

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